Parcours et légitimité
Je suis Priscille Basses, cofondatrice de l'association La Maison Villeneuve et initiatrice du projet La Maison Bleue Alverne (habitat partagé inclusif) ainsi que du tiers-lieu Jardécosème (jardin sensoriel et potager partagé). Je suis avant tout mère d'un jeune adulte en situation de handicap, porteur de troubles du spectre de l'autisme et épileptique, avec un fort besoin d'accompagnement.
Mon parcours est celui d'un parent-aidant engagé depuis de nombreuses années, confronté très concrètement aux limites des dispositifs existants pour les adultes en situation de handicap, notamment après la sortie des parcours institutionnels classiques. Le premier besoin que j'ai identifié est celui de la continuité : une fois l'enfance passée, les solutions se raréfient brutalement. Il y a aussi le besoin fondamental de repères stables, de prévisibilité, de routines claires et sécurisantes.
L'association La Maison Villeneuve est née de ce constat : créer un cadre structuré mais vivant, où la dépendance n'empêche ni l'autonomie possible, ni la dignité, ni l'inclusion sociale.
La genèse de Gardinaid
Le projet Gardinaid est né d'un besoin très concret de terrain. En développant le tiers-lieu Jardécosème, nous avons rapidement été confrontés à des enjeux de coordination, de communication et de suivi qui devenaient complexes à gérer sans outil adapté.
Avec Jean Bernard le président de l'association, nous avons rencontré Christophe, à un moment où nous cherchions une solution numérique qui ne soit pas plaquée de l'extérieur, mais réellement pensée à partir des besoins et usages. Très vite, nous avons partagé une vision commune : concevoir un outil simple, accessible et co-construit à partir des réalités de l'autisme et du collectif. Christophe, qui dirige depuis 15 ans une entreprise de vulgarisation pédagogique et scientifique (Imascience SAS), ainsi qu'une entreprise de développement informatique (Webful SAS), connaissait déjà très bien les projets de l'association ainsi que les enjeux.
Nous avons porté ce projet malgré l'absence de financement initial parce que cette absence générait déjà un coût invisible : perte de temps, surcharge mentale pour les équipes, stress pour les résidents. Je savais, par expérience, que si nous ne construisions pas nous-mêmes l'outil dont nous avions besoin, personne ne le ferait à notre place. Ce qui m'a convaincue, c'est la certitude qu'un tel outil améliorerait concrètement la qualité de vie de tous, dès le premier jour.
Les lacunes du marché
Nous avons exploré plusieurs outils existants : logiciels de planning, applications de messagerie, outils de gestion associative. Aucun ne répondait réellement à nos besoins. Ils étaient soit trop complexes, soit pas du tout adaptés à un public avec des troubles autistiques et cognitifs, soit pensés uniquement pour des équipes professionnelles, sans place pour les jeunes eux-mêmes.
Les problèmes concrets que nous voulions résoudre : la lisibilité du quotidien, la transmission des informations sans surcharge verbale, la coordination entre les intervenants, et surtout la possibilité pour les jeunes d'être acteurs de leur emploi du temps. Aucun outil ne prenait en compte à la fois les pictogrammes, le support vocal, la simplicité d'usage et la dimension inclusive.
Ce qui fait la force de Gardinaid
Gardinaid est pensé à partir du terrain, pas à partir d'un modèle théorique. C'est un outil inclusif par conception, pas par adaptation tardive. Il relie le lieu de vie, le tiers-lieu, le jardin, les activités et les personnes, dans une logique de cohérence et de simplicité. Sa force, c'est d'être à la fois un outil de gestion et un support d'autonomie.
Nous avons travaillé de manière très collaborative avec Christophe. J'ai apporté les besoins concrets des jeunes, les contraintes humaines et organisationnelles, et Christophe a traduit cela en solutions ergonomiques et techniques. Chaque fonctionnalité a été pensée en lien direct avec un usage réel : pictogrammes, support vocal, différenciation des profils utilisateurs, simplicité extrême des interfaces.
Pour les jeunes adultes autistes locataires de la Maison Bleue Alverne : plus de repères, moins d'anxiété, plus d'autonomie, une meilleure compréhension de leur journée et une vraie place dans la vie collective. Pour les équipes : gain de temps, meilleure coordination, communication fluide et vision claire du fonctionnement global.
Vision et engagement
La Maison Bleue Alverne ouvre en mars / avrils 2026. Il est important que Gardinaid fasse partie intégrante du projet dès l'ouverture. Il sera un outil du quotidien, utilisé progressivement, avec un accompagnement des équipes. Je suis confiante, car l'application a été pensée avec leurs besoins et pour eux.
Les besoins auxquels Gardinaid répond sont présents dans de nombreux établissements : habitats partagés inclusifs ainsi que EHPAD, FAM, MAS,. Sa souplesse et sa conception modulaire en font un outil facilement adaptable.
Si je devais convaincre un décideur public de soutenir ce projet, je dirais ceci : Gardinaid est un outil qui change réellement le quotidien. Il donne des repères clairs, apaise les jeunes dans leur quotidien, soulage les professionnels en simplifiant l'organisation et redonne à chacun une place active dans la vie collective. C'est une innovation humble et utile, née du terrain et pour le terrain, pensée pour être partagée et adaptée ailleurs, sans jamais perdre son sens : mettre l'humain au cœur.
Gardinaid n'est pas une application de plus. C'est un outil né d'une expérience de vie, conçu pour rendre le quotidien plus lisible, plus humain et plus digne. Soutenir ce projet, c'est soutenir une autre manière de penser l'accompagnement, plus respectueuse, plus inclusive et plus durable.
Priscille Basses
Secrétaire, Association La Maison Villeneuve
Grand Auverné, Loire-Atlantique